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(Photo Credit: TAU)

L’avenir d’Israël à l’épreuve des crises : regards croisés à l’Université de Tel-Aviv

13 May 2026
Dans le contexte d’une année charnière pour l’Etat d’Israël, alors que se profile à l’horizon l’une des élections les plus cruciales de son histoire, l’Université de Tel-Aviv a accueilli sur son campus la troisième Conférence de Tel-Aviv sur l’Avenir d’Israël, le lundi 12 mai 2026, en présence du Prof. Ariel Porat, président de l’université, du maire de Tel-Aviv-Jaffa, Ron Houldaï, et de plusieurs centaines de décideurs, experts en sécurité, spécialistes de politiques publiques et de relations internationales, chercheurs/ses et personnalités du monde culturel et intellectuel. La Conférence a examiné les mutations géopolitiques au Moyen-Orient ainsi que l’état et l’avenir de la démocratie israélienne, face aux défis sécuritaires et à une polarisation croissante, dans le cadre d’un débat public ouvert et respectueux, présentant des points de vue différents, parfois opposés, aux côtés d’analyses professionnelles étayées par la recherche. Parmi les invités de marque : Mike Huckabee, Ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Amichai Chikli, ministre chargé de la Diaspora et de l’antisémitisme, le Prof. Aharon Barak, ancien président de la Cour Suprême, Amikam Norkin, ancien commandant de l’air de l’armée israélienne, Udi Levi, ancien directeur-adjoint du Mossad, et bien d’autres.

Conférence tel aviv 2026 cover

Ouvrant la conférence, le président de l’Université de Tel-Aviv, le Prof. Ariel Porat, a évoqué les défis auxquels fait face la démocratie israélienne, et le statut de la Cour Suprême à une période de polarisation de l’opinion publique. Il a insisté sur l’importance de l’indépendance des tribunaux et la nécessité de respecter l’État de droit, même et surtout dans des circonstances sensibles et éveillant des controverses publiques.

Conférence Tel aviv 2026 porat

« Tel-Aviv-Jaffa est un atout majeur du pays. C’est peut-être la plus grande réussite du sionisme de theodor Herzl », a déclaré pour sa part Ron Houldai, maire de Tel-Aviv. « C’est une ville où les enfants apprennent non seulement à résoudre une équation, mais aussi pourquoi elle existe », a-t-il expliqué, établissant un lien direct entre le système éducatif libéral de la ville et sa résilience économique, ainsi que sa capacité à fonctionner même dans des circonstances extrêmes. Selon lui, Tel-Aviv démontre que la liberté est une source de force et que le pouvoir de la ville réside dans une communauté « qui n’a pas peur de la complexité ».

Conférence tel aviv 2026 Huldai

« Le monde devrait remercier Israël, et non le condamner ».

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a été chaleureusement applaudi par l’auditoire lorsqu’il a déclaré que le monde devait remercier Israël pour sa contribution dans la guerre contre « l’Axe du Mal ». « La résilience des citoyens israéliens n’a pas de limite. Beaucoup d’Américains ne comprennent ce à quoi sont confrontés les Israéliens ».

Évoquant la politique américaine à l’égard de l’Iran, Huckabee a souligné que la position des États-Unis restait ferme et inchangée. « Le président a été très clair dès le début et tout au long de son mandat. Sa position n’a pas changé, même à ce jour : l’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire », a-t-il-affirmé, insistant sur l’idéologie extrémiste du régime de Téhéran. « N’oubliez pas que tous les conflits auxquels Israël est confronté, qu’il s’agisse du Hamas, des Houthis ou du Hezbollah, tous ces fléaux de haine et de terrorisme sont issus de la même source : Téhéran. Seule une intervention contre la racine iranienne du conflit amènera la fermeture du “robinet de la terreur”, cause de l’instabilité au Liban et à Gaza ». L’ambassadeur a également averti que les ambitions de l’Iran dépassent largement les frontières d’Israël. « Israël est le hors d’œuvre, mais l’Amérique a toujours été le plat principal », a-t-il déclaré.

Conférence tel aviv 2026 Huckabee

En parallèle, Mike Huckabee a également exprimé l’espoir d’un avenir différent pour le peuple iranien après le régime actuel. « J’espère qu’un jour, tout ce qu’ils étaient pourra être restauré », a-t-il déclaré, décrivant l’Iran d’avant 1979 comme « un leader mondial dans les domaines de la médecine, de l’éducation, de la mode, de la musique, de l’art et de l’architecture – une culture et un peuple extraordinaires ».

« L’accusation de génocide faite à Israël à Gaza est dénuée de tout fondement »

L’ancien président de la Cour suprême d’Israël, le Prof. Aharon Barak, a abordé une série de questions juridiques et publiques urgentes qui occupent actuellement le cœur du débat israélien, notamment la procédure engagée contre Israël à La Haye, le procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le rôle du procureur général et l’avenir du système judiciaire.

Il a souligné que sa décision de représenter Israël au Tribunal International de La Haye découlait d’un profond sentiment obligation morale. « J’y allé suis pour défendre l’État d’Israël », a-t-il affirmé. « L’accusation de génocide faite à Israël à Gaza est dénuée de tout fondement. En tant que survivant de la Shoah, et moi-même victime d’un génocide, je voulais défendre mon pays, qui est accusé de cela ».

Conférence Tel Aviv 2026 barak

Ont également été interviewé, entre autres, le ministre des Affaires de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, le major général de réserve Yaïr Golan, chef du parti des Démocrates, le député Mansour Abbas, et Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal et chef du parti Yashar, qui dans un discours empreint d’émotion, a évoqué son fils Gal, tué au combat à Gaza qu’il a décrit comme l’incarnation de toute une génération de sacrifice et de dévouement. « Nous devons nous montrer dignes des plus de 2 000 soldats tombés au champ d’honneur pour un pays meilleur », a-t-il déclaré, ajoutant que cet engagement est le moteur principal de son action publique.

La polarisation politique et sociale en Israël a atteint un niveau critique

Ont également participé à la Conférence des chercheurs et chercheuses de l’Université de Tel-Aviv, qui ont présenté les résultats de leurs dernières études sur la cohésion sociale, la polarisation politique et l’évolution des mentalités au sein de la société arabe en Israël.

Le Dr. Nimrod Nir, directeur de l’Institut Agam, équipe de recherche conjointe de l’Université hébraïque et de l’Université de Tel-Aviv, a présenté les conclusions d’une étude sur les tendances de la cohésion sociale et le lancement de l’indice national de polarisation. Selon les chercheurs, la polarisation politique et sociale en Israël a atteint un niveau critique et se rapproche d’un point susceptible de dégénérer en conflit civil. 6 % des personnes interrogées se disent favorables au recours à la violence pour atteindre un objectif important, tandis que 11 % affirment qu’elles soutiendraient toute action, y compris la violence, si elle visait à « sauver la démocratie ». Les chercheurs ont mis en garde : « Israël n’est plus seulement une société divisée. Elle s’approche d’une zone où la polarisation sociopolitique pourrait se transformer en conflit civil ».

Conférence tel aviv 2026 eisenkot

Le Dr. Arik Rudnitzky, du Programme Konrad Adenauer pour la coopération judéo-arabe du Centre Moshe Dayan de l’Université de Tel-Aviv, a présenté des résultats indiquant une évolution significative des mentalités au sein de la société arabe en Israël. D’après l’étude, environ 75 % des personnes interrogées sont favorables à un service civil (non militaire) et expriment un fort désir d’intégration politique : plus de 77 % sont en faveur de la participation d’un parti arabe au sein du gouvernement. De manière surprenante, alors que seulement 8 % des personnes interrogées ont classé la question palestinienne comme leur principale préoccupation, une très large majorité (71 %) a défini la criminalité et la violence au sein de la société arabe comme le problème le plus urgent à leurs yeux. « Les citoyens arabes proposent une feuille de route pour la reconstruction de la société israélienne par l’intégration et l’influence », explique le Dr. Rudnitzky.

conférence tel aviv 2026 nimrod nir

L’étude met également en lumière un potentiel politique sans précédent à l’approche des élections : si une liste arabe unie est constituée, le taux de participation électorale au sein de la société arabe pourrait atteindre 67 %, qui pourrait se traduire par 16 sièges à la Knesset. Parallèlement, les résultats indiquent un renforcement du sentiment d’appartenance à la société israélienne, plus de la moitié des personnes interrogées (53 %) faisant état d’un fort sentiment d’appartenance au pays. Cependant, les chercheurs soulignent que le sentiment de sécurité personnelle demeure extrêmement faible en raison des violences internes et des craintes liées à la guerre.

 

Photos :

1.  L’auditorium Smolarz de l’Université de Tel-Aviv

2. Le Prof. Ariel Porat

3. Ron Houldai

4. l’ambassadeur Mike Huckabee

5. Aharon Barak

6. Gadi Eisenkot

7.  Le Dr. Nimrod Nir

(Crédit : Israel Hadari)